il est certain  que la connaissance de la langue hébraïque est nécessaire avant tout,

non seulement pour entendre les livres de l’Ancien Testament écrits dans cette langue,

mais aussi ceux du Nouveau Testament :

bien qu’ayant été répandus dans d’autres langues,

ils sont cependant pleins d’hébraïsmes.

(Spinoza, Tractatus Theologico-Politicus, la Pléiade, page 770)

 

Voici le compte-rendu du livre de Nanine Charbonnel : Jésus-Christ, sublime figure de papier (édition Berg International, 2017, préface de Thomas Römer)

Ce livre est d’un abord difficile (pour un ignorant dans mon genre), le premier chapitre m’a un peu rebuté, mais dès le second, j’ai accroché. Il faut dire qu’il fait appel à toutes les figures de la Rhétorique.

1ere partie « Ancien Testament » : la Bible hébraïque faite d’attentes au sein du texte

I – Chapitre II : une langue hébreue qui promeut un sacré bien particulier

La langue hébreue permet, en particulier par le jeu de voyelles ajoutées à la base consonantique, un nombre considérable de variations pour un même texte (écrit). De même elle permet des mises en relations et des raccourcis surprenants, par la signification plurielle des lettres qui sont des chiffres, des noms, enfin pour certaines des mots grammaticaux essentiels.

Tout ce chapitre très dense montre tout le jeu sans arrêt renouvelé des commentaires et des interprétations que permet le texte biblique, et ce dès son apparition, sans attendre l’époque rabbinique. Pour de multiples illustrations, je vous renvoie aux cours de Thomas Römer au Collège de France (deux articles sur eux : l’invention de Dieu, naissance du judaïsme). Toutes ces spéculations participent de l’herméneutique propre aux écrits de la Bible juive.

L’herméneutique est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.

Périodiquement, on nous ressort les preuves archéologiques de tel ou tel épisode de la Bible. Il s’agit de la même erreur ou du même désir d’un monde plus enchanté que le nôtre que dans le cas de l’Atlantide.

Page 65 : Dieu est un agent avec un  but , et non un être avec une essence.

I – Chapitre III – Une textualité unique en son genre

On a une oscillation permanente entre individuel et collectif, ou tous les grands personnages peuvent être vus comme des représentations de collectifs, où les collectifs (tribus…) sont traités comme des individus, où des ancêtres Uns sont évoqués pour lutter contre la division au sien du peuple. La langue se prête à ces oscillations par son flou : par exemple un nom propre de collectivité peut désigner l’ancêtre commun s’il a le signe du masculin, ou l’ensemble s’il a le signe du féminin.

Les textes se renvoient les uns aux autres dans des scénarios types, dans l’annonce de l’un, la réalisation dans l’autre, les promesses imminentes…, la réécriture du texte, parfois pour en faire l’annonce d’un autre,  pour le réinterpréter. Énallage, prolepse… toutes les figures de rhétorique se retrouvent dans la Bible.

Énallage : L’énallage est une figure de style qui consiste à remplacer un temps, un mode, un nom ou une personne par un autre temps, un autre mode, un autre nom ou une autre personne.

Prolepse : figure de rhétorique par laquelle on prévient une objection, en la réfutant d’avance.

Tous les noms de personnages et bien des noms de lieux sont symboliques, a minima codés.

Chaque écrit est d’abord lieu d’un enseignement, et l’histoire (de l’époque où il a été écrit) en est l’arrière-fond, pas la racine.

Il faut lire tous les exemples donnés pour bien saisir cela. Par exemple pages 99-100, la sortie d’Égypte : c’est d’abord une métaphore  signifiant la libération d’une domination étrangère, avant de devenir tout un récit, annonciateur de tous les futurs retours, y compris de la diaspora de Babylone.

IIe Partie – Les Évangiles sont des Midrashim

II – Introduction – Pour une lecture plus juste des évangiles

Un exemple de placage d’un texte sur la réalité de l’époque : parmi les textes Esséniens, on a une « Règle de la Communauté ». Beaucoup ont imaginé qu’à l’époque (entre -150 et +50) une communauté essénienne vivait suivant ces règles, alors qu’il s’agit peut-être bien de la description d’une communauté idéale, aussi historique que les communautés imaginées par Charles Fourier par exemple, ou l’abbaye de Thélème de Rabelais.

Page 130 : Que pouvons-nous dire des Évangiles ?

Les seules certitudes

Mais elles sont trop souvent évincées…

1 . On ignore tout de la date d’écriture des Évangiles, ainsi que des autres composants mis (au IVe siècle) au canon du « Nouveau Testament ». De plus on ignore tout de leur antériorité respective : la combinaison dans le recueil actuel (les trois synoptiques, puis Jean, puis Paul) n’a sans doute rien à voir avec l’ordre de leur rédaction ; il faut donc essayer toutes les autres combinaisons, (1/Jean, 2/Paul, 3/synoptiques ; ou 1/Paul, 2/Jean, 3/ synoptiques, etc…) ;

  1. Il est impossible de lire quelque page du Nouveau Testament que ce soit, sans prendre en compte l’Ancien Testament (en hébreu autant qu’en grec) : les auteurs du second Testament sont des Juifs connaissant le premier (le seul à l’époque) parfaitement ;
  2. Il est impossible de se prononcer sur le Nouveau Testament sans prendre en compte la question de la langue : les manuscrits sont en grec, mais… ; sur ce point je renvoie à mon article sur Bernard Dubourg)
  3. Il est impossible de se prononcer sur le Nouveau Testament sans prendre en compte la foule de textes dits « intertestamentaires » : une nombreuse littérature religieuse judaïque en hébreu, araméen et grec a été écrite entre le 2e siècle avant et le 1er siècle après J.-C., dont les textes de Qumrân ;
  4. Il est impossible de se prononcer sur le Nouveau Testament sans prendre en compte les nombreux ouvrages chrétiens dits « apocryphes » : de multiples autres Évangiles, épitres, vies de…, apocalypses…
  5. Il est impossible de se prononcer sur le Nouveau Testament sans prendre en compte la rivalité des écoles exégétiques du judaïsme de l’époque ;
  6. Il est impossible de se prononcer sur le Nouveau Testament sans prendre en compte les événements qui étaient arrivés depuis deux siècles aux Juifs (massacres, profanation, puis destruction du Temple en 70) et les réactions qu’ils provoquèrent.

Elle reprend aussi ce qui a été prouvé depuis longtemps, que les Évangiles ont d’abord été pensé (et sans doute écrits) en hébreu : lire là-dessus les pages 132 à 139.

Note perso : ce qui retarde peut-être l’admission de cela est que pas mal de savants travaillant sur le Nouveau Testament connaissent le grec (dans lequel sont écrits les manuscrits) mais pas l’hébreu.  

Note perso sur les ouvrages chrétiens apocryphes : L’apocalypse de Jean a failli être classé comme apocryphe à cause des lectures millénaristes qu’il favorisait (Mille ans de Bonheur, Jean Delumeau, page 29). Sur le Pasteur d’Hermas, voir à la fin de l’article. Plus généralement, les textes chrétiens ont été séparés aux premiers siècles (à partir du IVe surtout), entre canoniques et apocryphes, pour les besoins propres des dirigeants de l’église chrétienne, en vue de l’enseignement des masses, sans que cela ait forcément à voir avec leur antiquité ou leur plus ou moins grande proximité avec un enseignement « primitif » donné par les premiers chrétiens. Ils ont pu être qualifiés de non authentiques à cette époque, mais pour des motifs idéologiques (l’histoire est souvent écrite par les vainqueurs), que les historiens n’ont aucune raison de continuer à suivre servilement. Lisez par exemple l’article Wikipédia consacré au décret de Gélase.

Analysant des apocryphes chrétiens, l’historien Simon Claude Mimouni souligne le fait qu’ils ont, à l’origine, une légitimité égale à celle des textes canoniques : « D’un point de vue historique, il convient de ne surtout pas considérer les récits canoniques comme supérieurs aux récits apocryphes. À l’époque de leur rédaction – vers la fin du 1er siècle et durant tout le 2e siècle – les uns et les autres avaient très certainement le même statut théologique », jusqu’au moment où le Canon a été fixé. « C’est au sein d’une diversité doctrinale foisonnante – en partie gommée par la canonisation – que les récits apocryphes ont fleuri soit pour s’opposer à certaines tendances marginales (qui deviendront hétérodoxes), soit pour défendre certaines tendances majoritaires (qui deviendront orthodoxes). (extrait de l’article Apocryphe biblique de Wikipédia)

La différence de compréhension entre juifs (ceux qui ont écrit ces midrashim) et juifs-chrétiens consisterait dans la différence entre sens figuré (pour les juifs) et sens propre – le christianisme consistant à prendre indûment au propre ce qui devrait être lu au sens figuré.

Les juifs-chrétiens pouvaient être des païens fraichement convertis au judaïsme – le judaïsme était une religion très prosélytique dans l’Antiquité – ou baignant dans un milieu majoritairement païen, d’où de fréquentes collisions et confusions entre les concepts.

Peut-être ce basculement herméneutique s’est-il produit chez des gens qui lisaient ou au moins parlaient tout (grec, hébreu, araméen, latin) mais mal.

« Les apôtres ont contemplé la Parole, non parce qu’ils avaient regardé le corps du Seigneur Sauveur, mais parce qu’ils avaient vu le Verbe. » (Origène, v. 185 – v.253)

II – Chapitre I – Quel accomplissement ?

Le premier acte constitutif de l’interprétation chrétienne est le refus de l’allégorie, et d’affirmer au contraire que tout ce qui est raconté, dans l’un et l’autre textes, celui de l’ancienne religion et celui de la nouvelle, est réel, objectif, historique.

L’Ancien Testament est à prendre au sens littéral (), et au sens « figuratif », () préfigurant ce qui va s’accomplir dans le Nouveau Testament. Le Nouveau Testament est un accomplissement…. Mais dans la seule réalité du texte, de multiples passages de l’Ancien Testament.

Au fait : qu’est-ce qu’un Midrash ?

L’activité midrashique est une interprétation créatrice de narrations. Ce peuvent être en particulier des commentaires lus devant la communauté, et le Midrash dont semblent relever les évangiles est le Midrash Pesher qui prophétise l’accomplissement de la promesse; il applique la Torah et voit les prédictions s’accomplir, la fin des temps arriver… ou il l’imagine pour réconforter et raffermir la communauté. Cela me rappelle certains Gospels qui, le temps de la messe, projettent la communauté dans le temps de la délivrance. Nous sommes en permanence à la fin des temps dans les Évangiles.

L’auteur donne pages 183 à 226 une première correspondance entre les Évangiles et l’Ancien Testament et précise : pas un évènement, pas une situation, pas une scène de ce qui es « décrit » dans les Évangiles n’est autre chose que la mise en intrigue de ce qui était prévu dans la Bible hébraïque (et parfois aussi des midrashim précédents, il faudrait sur ce point compléter notre travail, ainsi que chercher dans les écrits intertestamentaires et les si importants écrits pseudépigraphiques).

Pseudépigraphes : Un pseudépigraphe est un texte faussement attribué à un auteur qui ne l’a pas écrit.

II – Chapitre II – Quelle incarnation ?

Les personnages des évangiles sont à la fois des réécritures de personnages clé de la Bible, des personnages collectifs, et liés en duos. Pour Marie, elle renvoie aux livres de Maurice Mergui qui montre qu’elle est le peuple juif personnifié et à celui de Sandrick le Maguer : portrait d’Israël en Jeune Fille (Genèse de Marie).

La virginité de Marie est la virginité retrouvée du peuple juif retrouvant sa jeunesse, et sa vigueur quand Dieu intervient, comme au pied du Sinaï avec Moïse, et à la fin des temps pour l’Israël racheté, le peuple des sauvés.

Jésus est le nouveau Moïse, voici une recension faite par des exégètes catholiques, des similitudes entre Jésus et Moïse (avec quelques erreurs) :

  1. Moïse fut de la lignée prophétique de Jacob, fils d’Isaac. Ex 2:1 ; Genèse 46 :11

– Jésus fut de la lignée de Jacob de par Marie et de par Joseph (son père adoptif). Mt 1:2, 16

  1. Moïse a quitté une position élevée pour servir YHVH. 9 :26

– Jésus a quitté une position élevée pour servir YHVH. Ph 2 :5-7

  1. Dans sa tendre enfance Moïse a échappé à un meurtre ordonné par le dirigeant de son époque. Ex 1:22 ; 2:1-10

– Dans sa tendre enfance Jésus a échappé à un meurtre ordonné par le dirigeant de son époque. Mt 2 :13-18 ; 2 Co 8 :9

  1. Après cela, YHVH dit à Moïse, en Madiân : « Va, retourne en Égypte, car tous les hommes qui pourchassaient ton âme sont morts. » Ex 4:19

– [et l’Ange dit au père de Jésus] « et dit : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va au pays d’Israël, car ceux qui cherchaient l’âme du petit enfant sont morts. » Mt 2:20

  1. Moïse fut appelé hors d’Égypte avec le « premier-né » de Dieu, la nation d’Israël dont il était le conducteur. Ex 4 :22, 23 ; Hoshéa [Osée] 11 1

– Jésus fut appelé hors d’Égypte en tant que Fils premier-né de Dieu. Mt 2 :15, 19-21

  1. Moïse a jeûné pendant 40 jours en un endroit désertique. Ex 34 :28

– Jésus a jeûné pendant 40 jours en un endroit désertique. Mt 4 :1, 2

  1. Moïse vint au nom d’YHVH. Ex 3 :13-16

– Jésus vint au nom d’YHVH. Le nom de Jésus signifie d’ailleurs « YHVH est salut ». Jean 5 :43

  1. Moïse proclama le nom d’YHVH et fut utilisé par YHVH pour magnifier son nom. Dt 32 :3, Ex 9 :13-16

– Jésus proclama le nom d’YHVH et fut utilisé par YHVH pour magnifier son nom. Jean 17 :6, 26

  1. Dieu a donné à Moïse toute l’autorité, comme venant de sa part. Ex 4 :16 ; 7 :1

– Dieu a donné à Jésus toute l’autorité, comme venant de sa part. Jean 3 :35-36 ; Jean 10 :18 ; Mt 28 :18

  1. YHVH était avec Moïse. Exode 3 :12 ; 11:27

– YHVH était/est avec Jésus. Jean 8:29

  1. Moïse ne vit [pas] littéralement YHVH en personne, mais il eut avec lui des relations plus directes, plus suivies et plus intimes que tout autre prophète avant Jésus Christ. YHVH connaissait Moïse « face à face » et lui parlait « bouche à bouche ». Nb 12 :6-8 ; Dt 34 :10-12

– Jésus « le Premier-né de toute création », bénéficie d’une intimité sans pareille avec YHVH et cela depuis le Commencement. Sur Terre, Jésus démontra également la relation directe et intime qu’il avait avec le Père au point de témoigner qu’il connaissait le Père et de lui parler « bouche à bouche ». Jean 1 :18 ; Pr 8 :22-31 ; Mt 11 :27 ; Col 1 :15 ; Jean 12 :28

  1. Moïse était d’une humilité exceptionnelle. Nb 12 :3

– Jésus était d’une humilité exceptionnelle. Mt 11 :28-30

  1. Moïse est qualifié de fidèle témoin d’YHVH. 11 :24-29 ; 12 :1

– Jésus est qualifié de fidèle témoin d’YHVH. Rév [=Apoc] 1:5

  1. Moïse est qualifié de serviteur de Dieu. Ps 105 :26

– Jésus est qualifié de serviteur de Dieu. Mt 12 :18

  1. Moïse est qualifié de chef. Actes 7 :35

– Jésus est qualifié de chef. Mi 5 :2*[?]

  1. Moïse a été l’élu de Dieu. Ps 106 :23

– Jésus est l’élu de Dieu. Isaïe 42 :1 ; Luc 9:36

  1. YHVH a utilisé Moïse pour nourrir une grande foule. Ex 16:2

– YHVH a utilisé Jésus pour nourrir une grande foule. Ex 6:48-51

  1. Moïse a accompli toutes sortes de miracles stupéfiants. Ex 14:21-31 ; Ps 78:12-54

– Jésus a accompli toutes sortes de miracles stupéfiants. Mt 11:5 ; Mc 5:38-43 ; Luc 7:11-15, 18-23

  1. Le premier miracle de Moïse fut de changer les eaux du fleuve Nil en sang. Ex 7:20

– Le premier miracle de Jésus fut de changer l’eau en vin (le vin symbolise le sang dans la nouvelle alliance). Jean 2:7-9

  1. Beaucoup des miracles de Moïse avaient un rapport avec l’eau. Ex 7:20; Ex 14 :21 ;Ex 17:16; Nb 20:11

– Beaucoup de miracles de Jésus avaient un rapport avec l’eau. Mt 14:25 ; Jean 2:7-9 ; Jean 8:23-24

  1. Moïse implora YHVH de pardonner les Israélites qui apeurés et rebelles refusaient d’entrer dans la Terre Promise et qui en plus tentèrent de cribler de pierres Josué et Caleb malgré tous les signes que Dieu opéra chez eux. Nb 14:11-16 ; Nb 14:19, 20.

– Jésus implora YHVH de pardonner [les soldats romains et] les Israélites rebelles qui refusaient de croire que Jésus était le Messie et qui ont été responsables de sa souffrance et de sa mort malgré les signes que Dieu opéra chez eux. Luc 23:34

  1. Moïse craignait d’être lapidé par les Israélites. Exode 17:4

– Jésus craignait d’être lapidé par des juifs donc il se cacha et sortit du Temple. À plusieurs reprises des juifs tentèrent de le lapider. Jean 8:59 ; Jean 10:31

  1. Les Israélites se rassemblèrent contre Moïse car se mirent à l’envier dans le camp. Ps 106:16 ; Nb 16:3

– C’est par envie que les prêtres en chef [les pharisiens] ont livré Jésus. Mc 15:10

  1. Moïse fut transfiguré dans la présence d’YHVH. Son visage rayonna. Le peuple le craignit mais il l’appela avec amour et lui exposa la parole de Dieu. Ex 34:29-35

– Jésus fut transfiguré et tout son aspect rayonna. Ses disciples le craignirent mais il leur exposa la parole que Dieu révélait. Mc 9:2-9

  1. Moïse a administré la « maison de Dieu ». Nb 12:7

– Jésus a administré la « maison de Dieu ». 3:2-6

  1. Moïse s’est offert à être effacé du livre de vie à la place de son peuple qui avait commis un grand pêché. Mais cela n’a pas semblé juste à YHVH. Exode 32:30-35

-Jésus s’est offert pour porter les péchés de plusieurs. Cela a semblé juste à YHVH. Is 53:10-11 ; 9:28

  1. YHVH a confié à Moïse la mission de délivrer son peuple d’Égypte, de l’esclavage. Moïse put alors être appelé de façon appropriée oint, « Christ » (d’après la Bible « être oint » signifie recevoir de la part de Dieu une mission importante pour la réalisation de ses desseins). Ex 3 :1-15 ; Dt 6:21 ; Isaïe 63:11 ; 11:24-26.

– YHVH a confié à Jésus la mission de délivrer son peuple de l’esclavage du péché. Il devint Christ (Oint) après que le prophète Jean l’eut baptisé dans le Jourdain. Il reconnut dès lors qu’il était « le Christ » ou Messie. Isaïe 53 :10 ; Dan 9 :24 ; Rom 6:5-6 ; Mc 14 :61, 62 ; Jean 4 :25, 26

  1. Moïse fut le médiateur de l’alliance de la Loi entre Dieu et la nation d’Israël. Ex 19 :3-9 ; Ex 24 :8

– Jésus fut le médiateur de l’alliance nouvelle entre Dieu et « 1′ Israël [spirituel] de Dieu ». Jr 31 :31 ; Ml 3 :1 ; Luc 22 :20 ; 8:6 ; 9:15 ; Ga 6 :16

  1. La première alliance fut scellée par le sang de taureaux et de boucs qui fut répandu sur tout Israël pour la rémission des péchés (car sans sang il n’y a pas d’alliance). Ex 24 :5-8 ; 9 :19-21

– La nouvelle alliance fut scellée par le sang de Jésus Christ qui fut répandu sur « l’Israël [spirituel] de Dieu » pour la rémission des péchés (car sans sang il n’y a pas d’alliance), Dan 9 :27 ; 9 :13-15 ; Mt 26 :28

  1. De même que, dans le désert, le serpent de cuivre fut placé sur une perche par Moïse ; il fut ainsi placé dans une position de maudit. Dans le désert, il était, semble-t-il, nécessaire, pour l’Israélite mordu par un des serpents venimeux envoyés par YHVH, de regarder le serpent de cuivre avec foi. Jean 3 :13-15 ; Nb 21 :6-9 ; Dt 21 :22, 23

– De même le Fils de Dieu fut attaché sur un poteau apparaissant à beaucoup comme un malfaiteur et un pécheur, en quelque sorte dans une position de maudit devenant malédiction à notre place. De même, pour obtenir la vie éternelle grâce à Christ, il est nécessaire d’exercer la foi en lui. Jean 3:13-15 ; Isaïe 53:3-4 ; 9-11 ; Ga 3 :13 ; 1P 2 :24

  1. Moïse a rempli les fonctions de juge, de législateur et de conducteur (guide). Ex 18 :13 ; 32 :34 ; Dn 9:25 ; Mal 4 :4

– Jésus a rempli les fonctions de juge, de législateur et de conducteur (guide). Mt 23 :10 ; Jean 5 :22, 23 ; 13 :34

  1. Moïse a rempli la fonction d’avocat auprès de YHVH. Nb 27 :5

– Jésus est un avocat auprès de YHVH. 1 Jean 2 :1

  1. Moïse a rempli la fonction de prêtre auprès de YHVH. Ps 99 :6 ; Ex 24 :6

– Jésus exerce la fonction de prêtre auprès de YHVH. 3 :1 ; 8 :1

  1. Moïse a rempli la fonction d’intercesseur pour le peuple d’YHVH, Nb 21 :7,

– Jésus exerce la fonction d’intercesseur pour le peuple d’YHVH. Rm 8 :34,

  1. Moïse a rempli la fonction de prophète. D’ailleurs les prophéties de Moïse se sont accomplies. Dt 18 :15-22 ; 28 :15-68

– Jésus a également rempli la fonction de prophète. D’ailleurs les prophéties de Jésus se sont accomplies. Mt 24 ; Mc 13

  1. Moïse a choisi 12 hommes (des chefs d’Israël) chacun représentant une des 12 tribus d’Israël. Nb 1 :44

– Jésus a choisi 12 apôtres chacun représentant une des 12 tribus d’Israël spirituel. Mt 11 :1 ; Mt 19 :28 ; Luc 6 :13

  1. Moïse désigna soixante-dix hommes des anciens d’Israël. Nb. 11 :16,24

– Jésus désigna soixante-dix autres. Luc 10 :1

  1. Moïse savait où il allait mourir et pourquoi il allait mourir. Dt 34 :4, 5

– Jésus savait où, quand (après avoir été baptisé Jésus savait qu’il ne lui restait plus que 3,5 ans à vivre), comment, pourquoi il allait mourir. Dan 9 :24-27 ; Mt 20 :17-19 ; Jean 13 :1 ; Zach 12 :10, 13 :6

  1. Moïse a achevé l’œuvre qu’YHVH lui a donné. Ex 40 :33,

– Jésus a achevé l’œuvre qu’YHVH lui a donné. Jean 17 :4

  1. Après la mort de Moïse, Dieu fit disparaitre son corps. Dt 34 :5, 6 ; Jude 9

– Après la mort de Jésus, Dieu fit disparaître son corps. Actes 2 :31.

Page 260 : l’herméneutique fondant le christianisme sera l’oubli de la signification collective des figures de l’Ancien Testament, et leur lecture en terme individuel.

Page 267 : le Fils de l’Homme est d’abord le peuple personnifié, le peuple des saints dans la vision céleste, le but de l’histoire, et devient dans la tradition juive la plus récente, un être céleste proche de Dieu.

Page 269 : Jésus est d’abord confectionné comme son Peuple personnifié, le nouvel Israël.

Page 272 : et il réconcilie les uns et les autres (les juifs et les païens) en un seul Corps (Paul).

page 276 : entre -100 et +100 (au sens large) il y a une floraison des attentes messianiques dans le monde juif, avec trois types de Messie attendus, roi, prêtre et prophète.

Page 284 : Mais à quelle fin pouvait se faire l’attribution, à ce personnage midrashique exceptionnel, de plusieurs traditions messianiques ? Ce serait l’union des divers types de Messie pour mieux réconcilier le(s) peuple(s), soit une double personnification :

Une personnification horizontale : celle du peuple dans ses grandes figures de personnalités « corporatives », le Patriarche, le roi, le Prophète, le Sauveur

Une personnification verticale : du temple (arche d’alliance, tente du rendez-vous, tabernacle), de la présence de Dieu qui se donne dans la Torah, et suprêmement du Nom.

Chapitre III – Quel salut ? Ce qui s’incarne et qui sauve, c’est le nom

Remise en place de Philon d’Alexandrie dans la tradition juive et comme précurseur du Logos johannique : hellénisme et judaïsme. Même la doctrine de la Trinité s’éclaire à la lumière de l’ésotérisme juif.

Le nom de Jésus est d’abord celui de Josué, c’est à-dire « C’est-YHWH-qui-sauve ».

Chapitre IV – Quelle passion ? Le comble : sacrifice et croix glorieuse

Page 354 : ce n’est pas tant le Messie qui sauve par son action, mais sa venue signifie le comble du mal, et l’inversion en comble du bien.

Les signes de la fin des temps

Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds entendront ; alors le boiteux sautera comme un cerf, et la lange des bègues articulera. (Isaïe 35, 5)

« il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus esclave ou homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme… » (Galates 3, 28). Ce texte ne prédit rien mais décrit la fin des temps.

Page 370 :

Notre thèse est donc :

  • Que la personne Jésus-Christ, n’ayant jamais existé, n’a bien entendu jamais été jugée, ni crucifiée,
  • Mais que l’idée du sacrifice mise en action dans le texte à propos du personnage est fondamentale, et bien celle à la fois d’un malheur incompréhensible fait à un innocent (une souffrance, un calice), et d’un sacrifice d’expiation, en lien avec les péchés du peuple, ce sacrifice expiatoire étant connu dans la tradition hébraïque, – même si les religions à mystère pourront peut-être, une fois le midrash juif mé-compris, ajouter leur forme à l’élaboration de la théologie,
  • Mais surtout que cette thèse de l’expiation n’a de sens, dans le midrash juif, qu’à mettre en œuvre une Personnification du peuple juif, lequel a réellement connu à la fois la catastrophe de la destruction du Temple, et la trahison morale de certaines de ses élites, (trahison qui pouvait passer, au vu de nombreux textes de la Bible juive, pour la cause du châtiment divin), mais qui, Fils de YHWH, ne peut connaître que l’inversion renversante aux derniers jours,
  • Car, nous le verrons avec l’usage textuel de la Croix, la Crucifixion implique, dans la logique du récit, le renversement salvateur, l’inversion de la mort en Vie (le Messie étant immortel, et le peuple aussi, puisqu’il est censé avoir une descendance jusqu’à la fin des temps).

Sur l’Eucharistie comme variation sur le rite juif du seder pascal, lire les pages 377…

Page 382 : la Passion est entièrement faite avec des phrases de l’Ancien Testament.

Barrabas était « Jésus Barrabas » dans les versions primitives des Évangiles avant qu’Origène et d’autres les censurent.

Mes commentaires s’arrêtent là.

Pour replacer ce texte difficile dans son contexte, voici in extenso la préface de Thomas Römer :

Ce livre qui va étonner et sans doute aussi déranger de nombreux lecteurs aurait pu aussi s’intituler « L’invention de Jésus ». Son auteur, Nanine Charbonnel, professeur de philosophie brise un tabou qui existe depuis plus d’un siècle dans les recherches universitaires sur Jésus de Nazareth, les origines du christianisme et du Nouveau Testament.

Dès le début de l’exégèse dite « historico-critique » se pose la question du « Jésus historique ». Sa naissance virginale, sa rencontre avec le diable au début de son activité, ses miracles, voire sa résurrection des morts, sont compris par les Rationalistes comme des réinterprétations mythiques d’un personnage humain. Ainsi, Ernest Renan, parla dans sa lecture inaugurale au Collège de France de « l’homme Jésus » qui « parvenu au plus haut degré religieux que jamais homme avant lui ait atteint » fut « divinisé » après sa mort (Œuvres Complètes, II, 329-330). En 1862 ces paroles firent scandale et provoquèrent la destitution provisoire de Renan de sa chaire au Collège de France. L’affirmation de Renan s’inscrit dans ce qu’on appelle aujourd’hui « la première quête » du Jésus historique et qui débuta au XVIIIe siècle par la publication posthume des textes de Hermann Samuel Reimarus par le philosophe Gotthold Éphraïm Lessing. Reimarus mit en évidence le Jésus historique qui n’a jamais voulu fonder une nouvelle religion, voire l’Église, mais qui fut un prédicateur eschatologique. Son échec fut transformé par ses disciples qui créèrent le mythe de sa résurrection et de son ascension. S’installa alors une distinction entre le « Jésus historique » et « le Christ de la foi », distinction qui est acceptée jusqu’à aujourd’hui par la totalité des chercheurs universitaires et des historiens.

Au début de la recherche sur le Jésus historique, la question des preuves de son existence (en dehors des textes néotestamentaires) fut néanmoins posée. Au milieu du XIXe siècle, Bruno Bauer affirmait que le christianisme qui naît au IIe siècle serait une sorte de syncrétisme combinant différentes idées religieuses (juives, grecques, romaines). Jésus n’est pas à l’origine de ce christianisme, mais une fiction littéraire pour donner à cette « nouvelle religion » un fondateur. Au début du XXe siècle le philosophe allemand Arthur Drews publie un livre Le Mythe du Christ, dans lequel il considère la figure de Jésus comme la personnification d’un mythe christique antérieur, en montrant que toutes les épithètes de Jésus ont été empruntées à des mythologies juives et grecques. Ces théories demeurèrent cependant marginales et, malgré le fait qu’il n’existe pas pour les Ier et IIe siècles de textes en dehors du Nouveau Testament attestant clairement l’existence d’un Jésus de Nazareth, l’historicité d’un tel personnage n’est quasiment plus mise en question. Ainsi peut-on lire sous la plume de Daniel Marguerat, éminent exégète du Nouveau testament : « le sens de ses faits et gestes, non son existence, fait aujourd’hui débat » (p. 13, dans son Introduction au livre collectif Jésus de Nazareth. Nouvelles approches d’une énigme, Genève, Labor et Fides, 1998).

Selon Nanine Charbonnel, auteur du présent ouvrage, cette distinction entre le Jésus historique et les réinterprétations de sa vie et de sa mort dans les Évangiles a été néfaste pour la recherche. Se fondant sur une « rationalisation » des textes évangéliques, elle a empêché la compréhension profonde de ces textes en les interrogeant quasi exclusivement à partir de cette idée d’un noyau historique et en cherchant, par conséquent, le fondement historique de certaines péricopes ainsi que les indications d’emprunts au judaïsme ou des réinterprétations après la mort de Jésus dans d’autres. Face à l’affirmation partagée par des savants croyants et des intellectuels agnostiques selon laquelle Jésus serait un personnage historique dont on ne sait quasiment rien sur le plan historique, l’auteur du présent ouvrage nous propose de lire les textes du Nouveau Testament à partir de l’idée que Jésus-Christ serait une « figure de papier ». Sa démarche de philosophe comporte une critique sévère de l’herméneutique, et notamment du courant appelé « phénoménologie herméneutique ».

Péricope : Dans l’exégèse des textes (sacrés ou non), une péricope désigne un extrait formant une unité ou une pensée cohérente. La péricope doit avoir un sens, lue indépendamment de son contexte. Le terme provient du grec περικοπή signifiant « découpage ». Les principaux usages de ce mot concernent la liturgie, en général dans le cadre d’une lecture publique, et l’étude et le commentaire d’un texte.

Ce livre nous propose de lire les récits des Évangiles comme étant des midrashim, nous rappelant à juste titre qu’il est impossible de lire les textes néotestamentaires sans les situer dans leur rapport à l’Ancien Testament (en hébreu et en grec). En tant que midrash, une exégèse et une réinterprétation de textes antérieurs, les récits évangéliques mettent en place une théologie de l’accomplissement à travers les récits en puisant largement dans les textes et les thèmes de la Bible hébraïque. Nanine Charbonnel le montre dans des tableaux pédagogiques indiquant les différents emprunts et réécritures que l’on peut déceler derrière les récits des Évangiles. Elle détaille ensuite la fonction des personnages apparaissant dans les Évangiles, comme les douze apôtres, représentant les douze tribus du nouvel Israël, et Marie, le peuple juif qui engendre le Messie. Jésus est le nouvel Adam, le nouveau Moïse, le nouvel Élie et le nouvel Élisée, mais aussi le nouveau Josué et l’incarnation du « serviteur souffrant », un messie qui réunit différents traits messianiques. Les Évangiles ne paraissent plus comme des compilations mais des ouvrages créateurs reprenant et transformant des énoncés de la Bible hébraïque.

Comprendre la figure de Jésus-Christ comme une sublime invention de l’esprit humain, telle est la thèse principale de ce livre. Il est possible que de nombreux lecteurs soient réticents à suivre l’auteur dans cette voie. Néanmoins, il est difficile de nier le caractère midrashique de nombreuses péricopes des Évangiles. Chacun restera libre de tirer des conclusions de cette lecture midrashique qui aura le grand mérite de dépasser la dichotomie entre « mythe » et « histoire ».

Thomas Römer,

Professeur au Collège de France

Note perso sur le Pasteur d’Hermas :

C’est un texte sans doute du IIe siècle.

Le Pasteur d’Hermas a été, d’abord recommandé, puis oublié du canon, enfin considéré comme apocryphe par le décret de Gélase, document dont l’autorité pose question. Et sa malédiction continue : il n’est pas publié par la Pléiade, d’un côté ou de l’autre et il n’apparait pas dans les articles Apocryphe biblique et Évangiles de Wikipédia. À sa lecture, ce qui frappe ce sont les absences : pas une seule fois, « Christ », « chrétien », « Jésus » n’apparaissent, ni des références aux Évangiles. On y trouve des références à des traditions juives et païennes, gnostiques peut-être aussi. Il est centré sur les suites du baptême, en particulier la pénitence, à l’approche de la fin des temps et du Jugement Dernier qui va venir incessamment. Il cherche à atténuer les tendances rigoristes qui voulaient qu’une fois baptisé, un croyant qui péchait était irrémédiablement damné. On voit d’ailleurs, dans ses divisions des croyants en 12 groupes, comment il cherche à laisser l’espoir au plus grand nombre de pouvoir être sauvé, par un repentir sincère. Il met en avant l’aumône, les dons aux pauvres (comme le Judaïsme, et plus tard, l’Islam). Il condamne la tristesse, ce que ne font jamais les autres textes chrétiens de l’époque. Sa vison du monde divin est très peu orthodoxe : il y a Dieu, le Fils de Dieu qui semble être aussi le premier des anges, le Seigneur (dont je n’ai pas bien compris si c’est Dieu ou son Fils), le Pasteur (dont la place m’échappe aussi), la Sainte Église personnifiée, une hiérarchie angélique, les Saintes Vierges qui sont des Vertus personnifiées, les apôtres et docteurs… et il semble confondre l’Esprit Saint et le Fils de Dieu. Il a d’évidence été écrit très avant que la théologie chrétienne soit fixée, mais n’a sans doute pas été rejeté car il est axé sur les pénitences et les conseils aux pêcheurs et n’est pas un texte polémique.

S’il pouvait être replacé dans son contexte, il serait très éclairant sur les milieux chrétiens de la ville (Rome ?) où il fut écrit, et sur ces moments très particuliers où l’Empire est saisi par les prophètes et les religions de toute sorte, où toutes sortes de courants le traversent.

 

Illustration : la prophétesse Anne, Rembrandt, 1631, Rijksmuseum, Amsterdam

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