(Illustration de la 2eme partie : Colonel David Stirling of the SAS in the Libyan desert WW2 with his battle hardened lads)

Voici la suite d’extraits de

Dangereusement à l’Est

1936-1945

Fitzroy Maclean

éditeur Viviane Hamy, 2015

Pour la première partie, voir Dangereusement à l’Est (début).

Deuxième partie

Sable d’Orient

2-I. Du quartier

On nous dit de ne pas les perdre, n… de D… et d’ouvrir l’œil, et le bon, et de nous grouiller un peu, et d’avoir un peu d’initiative, n… de D… On nous donne des balais, des seaux et des brosses en chiendent, pour frotter le parquet, n… de D…

Ma carrière militaire a commencé.

2-II. Special Air Service

À  mon arrivée au Caire, je pris un taxi. « Ah! me répondit le chauffeur, un Égyptien d’allure louche, à qui j’indiquais l’adresse où l’on m’avait dit d’aller : vous voulez dire l’Intelligence Service. »

Il est, dit-il, l’inventeur du procédé où l’on attache les cordons de commande du parachute à l’avion. Il espère que ça va marcher; nous l’espérons également.

2-III. En route

Et puis, soudain, à un virage, j’aperçois quelque chose d’inattendu. Juste devant nous, à cent mètres, il y a une lumière rouge, en plein milieu de la route.

2-IV. Bref week-end

Sa négligence – je me prends peu à peu au sérieux et je m’échauffe – est très coupable. Qui lui dit que nous ne sommes pas des saboteurs anglais ? Que nous n’avons pas des explosifs dans nos sacs ? Il étouffe alors un petit rire dédaigneux ; manifestement, il trouve que j’y vais un peu fort.

2-V. Nouveau raid sur Benghazi

Mais ils ne semblent pas sûrs de notre position, car le bombardement et les tirs de mitrailleuse s’égarent souvent loin de leur objectif. De notre côté nous apercevons un groupe d’Arabes qui s’en vont vendre leurs produits au bazar ; en tête, deux vieillards montés sur des ânes ; quelques femmes les suivent à pied. Les Italiens ont enfin un objectif qu’ils peuvent visualiser. Ils descendent en piqué. Une rafale de mitrailleuse, et les Arabes gisent recroquevillés sur le sol.

Deux camions de moins ; quant à mon équipement, il se réduit dorénavant à un pistolet automatique, une boussole topographique, et une petite cuiller en métal argenté. Ainsi, je ne serais pas encombré pour voyager.

2-VI. Retour pénible

Ma courgette tenue à bout de bras comme si j’avais gagné un prix au Crystal Palace, je reviens vers les Jeep avec tous les détours convenables. En chemin, je remplis mes poches de dattes vertes que je cueille aux arbres mêmes. Un festin nous attend.

Quand nous rejoindrons enfin la civilisation, nous serons flattés en même temps qu’ahuris de lire la presse à grand tirage, qui parle de nous et de notre opération en termes tellement élogieux que nous aurons quelque difficulté à comprendre de qui et de quoi il est question.

Une foule élégamment vêtue se presse en terrasse. Notre accoutrement ne nous fait guère honneur : c’est ce que nous fait énergiquement comprendre la question indignée d’un consommateur : « Pourquoi cette fournée de prisonniers allemands crasseux n’est-elle pas correctement gardée ? »

2-VII. Intermède persan

Au Nord de la place, on accède au grand bazar; c’est un labyrinthe où vous pouvez, si le cœur vous en dit, errer durant des heures, à l’aventure, d’un passage à un autre, parmi les monceaux de grenades, de sacoches, de tapis de prières, de peaux d’agneau, entassés pêle-mêle, un peu partout, sur les comptoirs des cordonniers, des cordiers, des confiseurs et des orfèvres, qui tous crient leur marchandise à tue-tête, sans cesser pour autant de discuter bruyamment entre eux et avec leur clientèle. Malgré la hideuse statue moderne du dernier chah, qui se dresse encore dans la ville, et malgré ses regrettables tentatives, heureusement abandonnées par son successeur, pour obliger, à coups de trique, la Perse récalcitrante à imiter — bien superficiellement — un État occidental moderne et industrialisé, Ispahan évoque toujours la grande capitale qu’elle était au Moyen Âge.

 

Note perso : il décrit donc le dernier raid sur Benghazi dans les arrières ennemis, qui a été mené en même temps que les alliés préparaient la bataille d’El Alamein. Les infos avaient fuitées et les Allemands et les Italiens les attendaient. Mais leurs supérieurs ont évité d’annuler le projet… et de les avertir, car cette attaque quasi suicidaire, à l’insu de ses protagonistes, a détourné une partie non négligeable des forces allemandes et italiennes qui n’ont pas été présentes lors de la bataille d’El Alamein.

(avec Tito)

Troisième partie

La guerre balkanique

3-I. En Europe

Je traverse un champ. Personne… Puis je franchis une haie et me trouve face à face avec un jeune homme en uniforme allemand, qui porte un fusil-mitrailleur. J’espère que l’uniforme est d’emprunt. « Zdravo, énoncé-je avec optimiste. Ja sam engleski oficir. » Le jeune homme laisse tomber sa mitraillette, m’embrasse en criant à la cantonade :  » Našao sam general! » « J’ai trouvé le général! »

3-II. « Arma Virumque Cano… »

Une chose me frappe dès le premier abord : Tito est prêt à discuter à fond n’importe quelle question et, si nécessaire, à prendre une décision sur le champ. Il semble sûr de lui ; il parle en chef, non pas en subordonné. Trouver tant d’assurance, tant d’indépendance chez un communiste est pour moi totalement inusité.

3-III. Orientation

Refuser d’aider les partisans sous prétexte qu’ils sont communistes, en une période où nous faisons tout pour accroître la force de l’URSS, serait vraiment broncher devant le moucheron, après avoir avalé le chameau. Au reste, si, comme il parait probable, les partisans sont destinés à être les maîtres de la Yougoslavie future, il ne reste qu’à établir avec eux, le plus tôt possible, de bonnes relations ; mais, si je connais un tant soit peu les communistes, ce ne sera pas là chose facile.

… « Beaucoup de choses, écrirai-je dans un rapport que j’enverrai à M. Churchill, dépendront de Tito et du rôle qu’il entend jouer ; se considérera-t-il, ainsi que par le passé, comme un agent du Kominterm, ou, au contraire, comme le chef virtuel d’un État yougoslave indépendant ? »

3-IV. Alertes et Excursions

Ce sont des articles d’une conception très ingénieuse. Ils contiennent de minuscules sachets de cellulose transparente renfermant de la poudre de limonade, spécialement traitée avec de la vitamine C, de minuscules sachets en papier d’étain contenant de la poudre de soupe, spécialement traitée avec de la vitamine B, et un morceau de sucre spécial, soigneusement enveloppé dans du papier et contenant, si l’on en croit la notice, une proportion surprenante de vitamine D. S’y trouvent également — tous enveloppés dans du papier transparent —, un morceau de chewing-gum et deux cigarettes, deux petits biscuits, un petit morceau de chocolat et, enfin, une minuscule boîte renfermant une bouchée de Spain ou, selon le cas, de fromage.

Les partisans, mastiquant leur pain, nous observent avec pitié, tandis que nous tripotons les enveloppes transparentes et que nous essayons de délayer la poudre de soupe dans nos quarts. Nous n’avons pas obtenu le moindre résultat quand jaillit le cri de « Napred ! » et nous voilà de nouveau en route. Nous sommes toujours aussi affamés et, de surcroît, avons perdu la face. Mais nos actions vont remonter : à la halte suivante, chacun faisant admirer ses armes, j’exhibe mon Colt automatique — un autre produit du prêt-bail. Le groupe entier en a le souffle coupé et le palpe amoureusement.

3-V. La route des îles

Enfin, un homme âgé de haute stature, maigre, avec de longues moustaches tombantes, sort de la maison, un fusil passé en bandoulière sur son dos voûté. C’est le principal agent de liaison des partisans dans le village où, sous le nez des Allemands, il dirige son mouvement de résistance miniature. Si l’ennemi est chassé, il deviendra un personnage officiel, le maire probablement. En attendant, il mène une existence clandestine et épuisante, rythmée d’incidents pareils à celui de cette nuit. Il prend la tête de notre groupe et nous partons en silence. Le terrain, bourré de pierres pointues qui se détachent sous nos pieds, est pire que jamais.

Puis la pluie s’arrête aussi vite qu’elle est venue et, quelques minutes plus tard, nous atteignons notre but et contemplons l’Adriatique à nos pieds ; au loin, on aperçoit les îles , la ligne dentelée de leurs montagnes gris-bleu sur le fond rouge du ciel où le soleil achève de se coucher. Ni Mitja ni mes gardes du corps n’ont jamais vu la mer ; aussi nous arrêtons-nous un petit moment, le temps qu’ils s’accoutument à l’idée d’une telle étendue d’eau. Le soleil disparait derrière les îles et nous commençons à descendre.

3-VI. Intermède insulaire

Dans chaque bourgade, après avoir avalé l’inévitable « vin d’honneur » et le casse-croûte, nous passons en revue le détachement local des partisans. La première fois, nous avons beaucoup admiré le magnifique commandant du détachement monté sur un beau cheval noir, et ses fières moustaches noires. Nous ne sommes pas moins impressionnés par la superbe prestance et l’allure martiale du commandant de la bourgade suivante ; c’est également un Dalmate typique. Son cheval est très beau, bien qu’il n’apparaisse pas tout à fait aussi frais et ardent que le premier. Après la visite au doyen du village, nous le cherchons pour lui dire au revoir, mais nous constatons avec étonnement qu’il a disparu. À l’arrêt suivant, le détachement local et son chef sont là pour nous saluer. Cette fois, nous les observons plus attentivement : les flancs du cheval palpitent et sont couverts d’écume, comme s’il venait de galoper à bride abattue. Mais cette courbe de l’encolure, cette superbe crinière, cette queue en panache, ces moustaches magnifiques — c’est plus qu’une ressemblance, sûrement… Cependant, sans broncher, le commandant nous salue et nous serre la main comme s’il ne nous avait jamais vus; alors, encore une fois, nous le félicitons pour la belle allure de son détachement; puis nous nous éloignons discrètement, pour qu’il puisse repartir au galop sur son destrier, le seul de toute l’île, et lui laisser le temps de prendre la tête de ses troupes pour notre arrivée à la prochaine étape. J’aime ce personnage, mélange de panache méridional, de ruse paysanne et de désir enfantin de plaire. Qu’adviendra-t-il de lui dans les âpres combats qui ne vont pas tarder à balayer Korcula ? C’est ce que je ne réussirai jamais à savoir.

3-VIII. Le monde extérieur

Le lendemain, je questionne mon pilote, un jeune et joyeux Néo-Zélandais, pour déterminer si nous avons vraiment besoin d’une escorte. À moins de malchance, il ne craint pas grand-chose, sauf un chasseur de type récent. Aura-t-il des ennuis si nous partons sans ? Si nous rentrons sain et sauf personne ne dira rien; si nous ne revenons pas, eh bien, on ne lui dira rien non plus, s’esclaffe-t-il.

3-IX. Tournant décisif

Enfin vient Randolph Churchill ; après avoir pris part aux débarquements de Salerne avec les commandos de Bob Laycock, il a accompagné son père à Téhéran et au Caire où il se trouve actuellement disponible. Il est certaines tâches — les affectations sédentaires, dans un quartier général important, plein d’officiers d’état-major susceptibles et chatouilleux — pour lesquelles je n’aurais pas choisi Randolph. Mais pour ce que je me propose de faire, il me paraît tout désigné. Dans l’action, on peut absolument compter sur lui, car il possède à la fois des qualités d’endurance et de décision. Il est par ailleurs doté d’une intelligence vive et d’une culture politique générale considérable, deux qualités qui trouveront largement leur emploi en Yougoslavie. J’imagine également — et l’avenir le confirmera — qu’il s’entendra bien avec les Yougoslaves, car sa façon enthousiaste et parfois violente d’aborder la vie n’est pas sans ressembler à la leur. Enfin, je sais que sa compagnie est de celles qui sont stimulantes, considération importante dans les conditions de vie qui sont les nôtres.

3-X. De retour en Bosnie

Notre garde du corps moustachu – censé nous aider à déballer et à ranger notre équipement et le ravitaillement de la mission – se tient, lui, épanoui, au milieu d’un groupe d’enfants, à qui il exhibe avec un orgueil de propriétaire les articles les plus intéressants de nos affaire, personnelles ou non, que son jeune auditoire salue chaque fois d’exclamations enthousiastes. Dans le nombre, il y a une fillette de deux ou trois ans, au visage particulièrement barbouillé et à la chevelure rouge carotte qui est venue à petits pas voir ce qui se passe. Nous la baptisons « Poil de Carotte » surnom que tout le voisinage, y compris ses parents, ne tardera pas à adopter.

3-XI. New Deal

Poil de Carotte ne le quitte pas d’une semelle : sa chevelure de feu a conquis de cœur de Charlie et, en retour, elle lui voue une passion qui n’est peut-être pas absolument sans rapport avec le fait qu’il a la haute main sur les rations de chocolat.

3-XII. Changement de décor

Il raconta que, pendant le combat, les allemands avaient obligé les civils – vieillards, femmes et enfants, même blessés et impotents – à porter leurs munitions. Après, comme ils ne servaient plus à rien, ils les avaient tués. Et la petite Poil de Carotte ? Poil de Carotte avait été tuée, elle aussi.

Il envoya un message à Bari et la réponse arriva presque immédiatement. La RAF viendrait le chercher sur une bande de terrain plat contrôlé par les partisans… L’équipage était soviétique et le Dakota fourni par le prêt bail que les Russies utilisaient sous contrôle opérationnel britannique. Le commandant de bord avait été particulièrement chanceux en décrochant cette mission spéciale. Par la suite, les Soviétiques ne manquèrent pas de prétendre haut et fort qu’ils s’étaient portés au secours de Tito et d’exploiter largement le fait.

3-XIII. Base insulaire et brève rencontre

Nous ne sommes pas plus d’une demi-douzaine dans la salle à manger du pavillon de chasse du général, mais on n’a guère la place de remuer. Boško et Prlia, les gardes du corps, entendent faire leur besogne. Bousculant le garçon de mess, l’un prend position derrière la chaise de Tito, tandis que l’autre tient le général Wilson sous la menace de sa mitraillette. Tigre s’installe sous la table.

Le déjeuner débute dans une atmosphère tendue. Il fait une chaleur insupportable. Les convives suent à grosses gouttes. Personne ne dit mot, chacun cherche comment entamer la conversation. Mais ce soin nous est épargné. Passer les légumes sous l’œil sinistre d’un maquisard armé qui, visiblement, n’aime pas les Italiens est au-dessus des forces du garçon de mess. Avec un cri de détresse, il laisse tomber sur la table un grand plat de haricots verts. L’index du garde du corps se crispe sur la détente ; Tigre, tiré de son sommeil, pousse un hurlement de loup et mordille les chevilles des convives ; les Italiens jacassent et gesticulent. On peut craindre que la situation ne soit désespérée.

Alors, le général Wilson commence à rire. Doucement, presque silencieusement, et de plus en plus fort, jusqu’à ce que son corps massif en soit tout secoué, jusqu’aux larmes. Je n’ai jamais vu rire plus communicatif. Tito est contaminé, et bientôt la table entière est agitée de convulsions. Au fond de la salle, les Italiens eux-mêmes ricanent, tandis que sur la figure rébarbative des gardes du corps s’élargit un sourire sardonique. Toute tension a disparu. Je suis sûr, maintenant, que, sur le plan privé du moins, la visite sera un succès et j’admire cet art de mettre chacun à son aise, qui est une des qualités les plus précieuses du commandant suprême.

Enfin, nous rattrapons le canot bleu. Il nous faut alors exécuter une opération d’abordage compliquée, car la mer est agitée, et j’atterris abruptement aux pieds du Premier ministre, tandis que la sténographe, anxieuse de ne rien manquer de la scène, se penche au bastingage. M. Churchill semble vivement intéressé. « Il vous arrive souvent de passer l’après-midi à courir la baie de Naples dans les bateaux de Sa Majesté, en compagnie de cette charmante jeune fille ?  » J’essaie vainement de m’expliquer.

Je n’ai pas fini d’entendre parler de l’aventure.

3-XV. Retweek – 2. L’exécution

Nous nous déplaçons sans cesse. C’est la même existence que je mène depuis mon arrivée en Serbie : les longues marches au petit matin à travers la campagne verte et lumineuse ; la halte de midi, sur l’herbe de quelque verger au bord de la route, sous les arbres croulants de fruits ; à l’approche de la nuit, la recherche d’un endroit propice pour camper, où des villageois extraordinairement accueillants, chargés de raisins et de pêches, de bouteilles de vin et de cochons de lait, d’œufs frais et de beurre viennent nous souhaiter la bienvenue ; enfin, le dîner et les quelques instants de tranquillité au crépuscule avant la tombée de la nuit. Puis c’est une nuit d’alertes et de randonnées, d’attaques et de contre-attaques, de marches et de contremarches, de nouvelles aussitôt démenties ; ou alors — par contraste d’autant plus pacifique —, celle d’un long sommeil sous les étoiles, avec la caresse du vent sur le visage et le bruissement des arbres au-dessus de nos têtes, jusqu’au lever du soleil et le moment du départ. Avec, dans nos cœurs, un sentiment d’exaltation, né de la certitude de tenir enfin la victoire, complète et écrasante.

1943: British diplomat and soldier Fitzroy Maclean. (Photo by Keystone/Getty Images)

3-XVI. Apothéose

Plus tard, on nous racontera l’histoire du pont. Les Allemands l’avaient effectivement miné avant de commencer leur retraite et avaient envoyé un détachement du génie pour le faire sauter dès le passage de leurs dernières troupes. Le reste de l’histoire ressemble à un conte.

Dans une des maisons proches du pont vivait un vieux maître d’école à la retraite que rien ne prédisposait aux exploits guerriers, ni son tempérament ni son existence. Pourtant, sa longue vie avait connu une aventure militaire étonnante. En 1912, pendant la guerre balkanique, lors d’une bataille contre les Turcs, il se distingua en retirant les charges d’explosifs déposées par l’ennemi sous le pont par lequel il effectuait sa retraite ; il empêcha ainsi les Turcs de le détruire et permit aux Serbes de poursuivre leur avantage. Pour cet exploit, le roi Pierre ler lui décerna une médaille d’or. Après quoi, il se consacra à son métier et retomba dans l’oubli.

Trente-deux ans plus tard, le vieillard à sa fenêtre, riche de cette unique mais précieuse expérience, le cœur toujours vaillant, observe les Allemands qui, préparant leur retraite, déposent des explosifs sous les soutènements du pont et les amorcent. Ce spectacle, qui lui rappelle certain souvenir, l’intéresse au plus haut point. « Voilà une question qui me regarde. » Il sait ce qui lui reste à faire.

Il attend le moment où la surveillance sur le pont se relâche. Puis, de sa propre initiative, il sort de chez lui, traverse la route et consacre une demi-heure à désamorcer les explosifs. Il a bien employé son temps ; quelques heures plus tard, l’équipe de sapeurs ennemis veut déclencher l’explosion, mais il ne se produit rien. Avant qu’elle ait pu remédier à la situation, les Russes sont arrivés. Quelques semaines plus tard, une seconde médaille d’or célébrera le vieil instituteur.

3-XVII. « Heureux qui comme Ulysse »

Quelques jours après la chute de la ville, Tito arrive à Belgrade et passe en revue les troupes qui l’ont libérée. Debout à côté de lui, nous ne pouvons nous empêcher d’être émus en voyant défiler cette multitude en haillons, ces partisans de toutes tailles et de tous âges, abîmés par les combats.

Les vétérans des guerres balkaniques et de Salonique côtoient les gamins de seize ou dix-sept ans ; çà et là, au milieu des hommes, une femme marche d’un pas décidé, fusil sur l’épaule et sac au dos. Certains sont grands ; d’autres petits. Ils portent un assortiment étrange d’armes et d’équipements, qui n’ont qu’un seul point commun : ils ont tous été pris à l’ennemi. La plupart des uniformes, sales et déchirés, ont également été pris sur des cadavres allemands ou italiens. Des gourdes, des grenades et toutes sortes d’ustensiles se balancent sur leur dos et à leur ceinture, car ils viennent juste de la bataille et y retournent immédiatement. Ils ont des souliers usés et rapiécés. Ils semblent mal nourris, épuisés.

Et pourtant, ils défilent le sourire aux lèvres. La plupart d’entre eux appartiennent au 1er corps. Les trois dernières années, ils les ont passées à se battre sans répit. Depuis le printemps, ils ont traversé la moitié de la Yougoslavie. Après tous les dangers, toutes les épreuves qu’ils ont endurées, après le froid et la faim, après les attaques et les contre-attaques, les embuscades et les longues marches de nuit, après les semaines, les mois, les années d’incertitude, enfin ils pénètrent en vainqueurs dans leur capitale.

Puis s’approchèrent les rochers dénudés de Dalmatie et les îles, baignées de soleil ; et bientôt, laissant la côte loin derrière nous, nous volions au-dessus de l’Adriatique. Vers l’Ouest.

(l‘auteur et sa famille)

C’est malheureusement le seul ouvrage de lui traduit en français.

Pour mémoire : In the last years of Sir Fitzroy’s life, his work included making television documentaries, writing, and commenting on Soviet history. In addition, he and his wife made one of the first mercy missions into the war-torn former Yugoslavia, taking a truck with medical supplies through Bosnia to the island of Korcula, which, Charles Maclean said yesterday, « he had liberated in the Second World War when with Tito » and where the Macleans had a home.

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