Ce qui suit est une paraphrase d’un article très intéressant de François Roddier : Interconnectivité et robustesse au cours d’un cycle économique 

qui donne un éclairage nouveau sur nos sociétés. Je détaille certains points pour mieux le comprendre, alors si vous le comprenez du premier coup, inutile de lire ce qui suit.

C’est une analogie entre le fonctionnement de la société et celui d’un réseau neuronal comme notre cerveau.

Dans la phase actuelle dite de stagflation par François Roddier, le nombre de connections entre individus est maximal, autrement dit les seuils à partir desquels elles s’établissent sont minimaux. Mais l’intensité de ces connections est au plus bas, chaque individu entre en relation avec un maximum de personnes, mais les liens se défont aussi vite qu’ils se forment.

Si le nombre de connections varie en sens inverse du seuil, la durée d’un lien varie dans le même sens que l’intensité (en moyenne).

Dans cet article les sociétés décrivent un cycle dans un plan avec comme coordonnées les seuils en abscisse et les intensités en ordonnées (voir figure en en-tête). Si on trouve cela plus parlant, on peut remplacer seuils par nombre de liens (ou plutôt son inverse) et intensité par durée des liens.

Dans la stagflation, de nombreux liens se créent et se défont, les gens et les groupes se cherchent.

note du 16 janvier : dans la phase précédente, on a le sentiment que les gens sont beaucoup plus fortement connectés dans des groupes sociaux, nationaux, familiaux, mais

  • c’est peut-être une illusion rétrospective
  • on pouvait être fortement connecté à plusieurs groupes, avec des tensions internes entre ses fidélités. alors, si l’intensité est plus forte que dans dans la phase actuelle, le nombre de liens n’est peut-être guère moins important. Donc mon idée de relier seuils et nombre de liens n’est peut-être pas bonne.

La stagflation serait suivie par un phase de crise qui se traduirait par une restructuration brutale, avec la disparition rapide de nombreuses connections et le renforcement de certaines.

Mais concrètement, à quoi pourrait ressembler une telle crise ?

On peut imaginer un renforcement des liens locaux, un repli sur le local, donc ce que François Roddier appelle des scissions, on a là un effondrement du global. Cet effondrement pourrait être un repli sur le « régional », en sous-entendant ainsi les grandes régions mondiales comme l’Europe… ou sur le local au niveau des nations. Cette crise ressemblerait sous cet angle à des crises précédentes.

Mais, objection :

Je peux concevoir un effondrement des réseaux mondiaux de diffusion des énergies fossiles et des matières premières, tout simplement parce que les gisements bon marché s’épuisent les uns après les autres. Je ne rentre pas dans le détail traité dans une série d’articles (par exemple les dix articles sous-titrés « Énergie ? Elle fatigue, peuchère ! »).

Mais pour les réseaux mondiaux de marchandises (porte-containers et autres) un tel effondrement n’est pas plus à craindre que celui des réseaux régionaux (fer, route…), car le transport maritime est le plus économique en énergie ramené à la tonne transportée.

Plutôt qu’un effondrement, un ralentissement et un changement graduel des réseaux et des connections me paraîtrait plus probable, sauf si on part dans l’inconnue d’un effondrement écologique, non maîtrisable. Le seul facteur qui pourrait à mon sens provoquer un tel effondrement serait une diffusion rapide dans l’atmosphère du méthane piégé dans le permafrost et/ou les hydrates de méthane des océans. Un processus analogue a été invoqué pour l’extinction de masse Permien-Trias, mais nous en sommes très loin, même dans le pire des scénarios, il suffit de lire l’article de Wikipédia qui y est consacré : Extinction Permien-Trias.

Si on pousse l’analogie avec le cerveau, on voit que les deux variables retenues sont un peu frustres. Dans le cerveau nous avons divers organes, une distribution des rôles, une hiérarchie, ou plutôt des hiérarchies et des pôles, mais déjà, si un modèle aussi simple permet de décrire les grands cycles, c’est primordial.

Pour résumer, nous avons un modèle descriptif, et qui ajoute des éléments importants pour construire un modèle explicatif pour une prévision à long terme.

Le blog de François Roddier : http://www.francois-roddier.fr/.

Sur un sujet lié, « la falaise de Sénèque », je vous renvoie à un article d’Ugo Bardi traduit dans Adrastia : l’effet Sénèque.

Et pour Ugo Bardi, je vous renvoie à mes articles qui sont consacrés à son livre « le Grand Pillage ».

Note du 18 janvier : Dans son billet du 15 janvier 2018 François Roddier a complexifié son modèle et développé les analogies. J’ai mis en en-tête le cycle corrigé : évolution d’un société au cours d’un cycle économique.

Mais je reste un peu dubitatif.

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