Lorsque quelqu’un frappe à la porte,

il y a ceux qui ouvrent et ceux qui n’ouvrent pas.

Germaine Tillion

Si oui, ce sera à cause de personnes comme elle. Lisez « Le siècle de Germaine Tillion » au Seuil édité en 2007 à l’occasion de son centième anniversaire, et vous saurez pourquoi.

Si vous vouliez des exemples, on aurait pu parler :

  • Du Musée de l’Homme des années 30 et dont la comparaison avec le musée du Quai  Branly ne tourne pas forcément à l’avantage de ce dernier,
  • De la Résistance où il y a ceux qui se battent dès juillet 1940 comme elle et ceux qui restent prudemment chez eux à réfléchir à partir d’Heidegger comme Jean-Paul Sartre. Elle sera déportée à Ravensbrück où son attitude et son activité sauveront la vie et l’âme de beaucoup. Elle en tirera un livre essentiel.

Pour Heidegger je vous renvoie à cet article : https://patricefaliph.wordpress.com/2015/02/17/absence-de-pensee-de-la-semaine-ou-in-memoriam-martin-heidegger/

  • De la guerre d’Algérie où les extrémistes des deux côtés vont salir ce qu’elle veut construire à travers les centres sociaux, (et dans le cas de l’OAS, assassiner ses amis), et les politiques (socialistes) s’abandonner aux militaires (Massu) pour gagner la bataille et perdre la guerre.. et le pouvoir accessoirement. Dans son petit livre, L’Algérie en 1957, elle a vu et compris ce que les Mitterrand (ministre de l’intérieur de l’époque) et autres finassiers de la politique n’ont pas su voir. Au moins De Gaulle qui la connaît saura lire son livre. Camus la soutiendra, mais Simone de Beauvoir ne comprendra rien et se permettra de lui donner des leçons de morale (elle était où en 1943, Simone de Beauvoir ? ni à Combat, ni à Ravensbrück en tout cas).
  • De sa réflexion sur le Tiers-Monde où elle sera la première (dès les années cinquante)  à saisir comment la dislocation des cadres traditionnels fait passer les peuples de la pauvreté digne à la misère et la clochardisation.
  • Qui va de pair avec ses études ethnographiques comme « le Harem et les Cousins » et « Il était une fois l’ethnographie ». Sur tous ces points lire les articles de Julia Clancy-Smith et Olivier Mongin dans ce livre ; je traiterais plus tard de ses ouvrages dans un autre article.

(Germaine Tillion en 1936 dans les Aurès)

Elle fournit même des arguments pour que dieu, lors du prochain déluge, sauve un peu plus qu’une famille de Justes :

Refuser de croire qu’un abîme nous sépare des criminels nazis ne signifie nullement qu’il faut banaliser ce mal et s’y résigner. Germaine Tillion suggère plutôt qu’à sa racine se trouvent non les individus et les nations, mais les circonstances, événements, situations dans lesquels les uns et les autres sont pris. La guerre, les camps, les situations extrêmes ne révèlent pas la nature dépravée de l’espèce humaine, qui existerait depuis toujours mais serait cachée sous le mince vernis de civilisations ; ils la produisent. (extrait de l’article de Tzvetan Todorov dans ce livre)

Photo en en-tête : Germaine Tillion enfant avec le costume de magistrat de son papa.

Publicités