(Tamrit, la fresque des chasseurs (détail), période bovidienne. Henri Lhote, à la découverte des fresques du Tassili, Arthaud, 1958)

… tu vois de quelle hauteur,

dans quel abîme,

nous sommes tombés !

tant il se montra le plus puissant avec son tonnerre !

Mais qui jusqu’alors avait connu

l’effet de ces armes terribles !

(le Paradis perdu, livre I, de Milton, traduction de Chateaubriand)

 

Je termine mes réflexions décousues sur le drone, inspirées par le livre de Grégoire Chamayou : Théorie du drone, éditions La Fabrique, 2013.

DRONES : IV – De la vulnérabilité du drone policier dans nos sociétés

Ce que vaut l’invulnérabilité, nos ancêtres le savaient mieux que nous :

Achille est invulnérable… sauf au talon, car sa mère Thétis le tenait par là en le plongeant dans le bain conférant l’invulnérabilité.

Siegfried qui s’est plongé dans le sang du dragon, est invulnérable sauf sur l’épaule droite où s’est posée une feuille de tilleul.

Zoroastre verse une eau enchantée sur la tête d’Isfendiar, qui a le tort de fermer les yeux…

Donc revenons à nos drones policiers.

Pour les adversaires, il suffira d’abord de connaître les critères de sélection automatisés et de se masquer en conséquence.

Ensuite les drones sont vulnérables, d’abord physiquement. Dans un pays comme les USA où il y a plus d’armes que d’habitants, ce deviendra un jeu pour tous de tirer sur les drones. Entre les balles qui s’égarent et les drones qui tombent, la circulation deviendra risquée dans les rues de Chicago !

Et avec n’importe quel fusil lance-amarre (même bricolé), vous pourrez l’envoyer à terre ou le capturer, peut-être que le lasso devrait fonctionner ! Les mômes vont pouvoir s’y mettre.

Objection : et si les drones circulent trop haut et sont hors d’atteinte (sauf des fusils) ?

D’abord, il leur faudra bien atterrir et décoller.

Ensuite, avec n’importe quel drone à 100 balles, il sera trop facile de jouer les kamikazes sur ceux de la police, de leur balancer dessus filet métallique, câble idem… pour bloquer ou briser les hélices, les gouvernes… ou d’équiper votre petit drone d’un pistolet de peinture et de rendre aveugle le drone policier…

Tous les jeunes vont se lancer des compets ! Cela deviendra le dernier jeu à la mode.

Et je n’oublie pas, ils sont vulnérables à cause de leurs « fils » électromagnétiques : la liaison peut être piratée (surtout qu’on peut faire confiance aux vendeurs pour gratter 3 sous et refourguer des modèles au rabais). Et comme il utilise le GPS pour se positionner, cette liaison peut elle aussi être brouillée et détournée pour le flanquer par terre ou l’envoyer dans la stratosphère. C’est même la tactique la plus efficace car souvent, les drones ne sont pas pilotés par celui qui les suit ; on injecte le plan de vol avant le départ, ce qui limite le brouillage, mais ne facilite guère la souplesse. Mais il leur faut quand même une liaison GPS pour suivre ce fameux plan de vol.

Quand des drones policiers piratés débouleront dans les couloirs aériens, aux entours des aéroports, ou simplement fonçant à l’horizontale dans les rues et les routes, je n’vous dis pas la panique !

Enfin, si les drones policiers se développent, la maitrise de l’espace « dronique » ne restera pas longtemps l’apanage de la police. Sans même aller chercher chez les terroristes, des opposants politiques, de simples farceurs, peuvent très facilement, à partir de drones à 300 balles, aller troubler les cérémonies officielles, se livrer des actes allant de la facétie à la critique en actes. Car le drone n’est pas cher, à la portée de petits groupes avec peu de moyens.

Cela est déjà pratiqué, mais si le ciel est encombré de drones « officiels », il sera plus facile pour un perturbateur de se glisser sans se faire repérer, et il sera incité à jouer sa petite partition dissidente parmi ces pompeuses musiques officielles.

Bon, pour les autorités l’idéal serait que des terroristes s’y mettent aussi, cela justifierait une bonne petite répression et quelques règlements d’urgence à tout va et vite bâclés. Mais qui vivra, verra !

(Tin-n-Tazarift, les archers, période bovidienne. Henri Lhote, à la découverte des fresques du Tassili, Arthaud, 1958)

Conclusion : les avenirs sont encore ouverts, mais nous avons eu chaud !

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