(scieurs de long du Forez en 1900 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monts_du_Forez)

Sa grand-mère Marie Farenc (1864-∼1923) racontait à ma mère Yvonne Goudard (1910-1999) quand elle était enfant, que « mes parents sont descendus des Causses à Bouzigues, parce que là-haut, c’était la misère ! »

Ah bon ? Parce qu’à Bouzigues en 1920, pour beaucoup, si ce n’était pas la misère, c’était au moins la pauvreté : ma mère vivait chez sa tante Henriette et son oncle Pierre, suite au décès de ses parents (son père comme fusilier-marin à Nieuport en 1915 et sa mère en 1922). Quand l’oncle Pierre revenait bredouille de la pêche sur l’étang de Thau « j’ai rien pris », parce que l’oncle avait le cœur sur la main, mais aussi un gros poil dedans, la tante Henriette disait « allez Yvette, Raoul t’arrive toi aussi » et prenant sa nièce (ma mère) et son fils, allait faire tour des maisons bourgeoises pour trouver de l’ouvrage (repassage, linge à laver…) et pouvoir faire bouillir la marmite. Henriette était une femme courageuse et honnête, par exemple c’était elle qui veillait à ce que la pension que touchait ma mère (en tant que pupille de la nation) ne soit pas confisquée par son autre tuteur et aille bien sur son livret, et jamais elle n’y a touché.

Pour en revenir à mon sujet, si sur Bouzigues c’était plus riche que là-haut, ce ne devait vraiment pas être glorieux dans le Tarn du côté de Saint-Pierre de Trivisy !

Justement mes recherches généalogiques donnent un aperçu de cela.

Donc Marie Farenc, grand-mère maternelle d’Yvonne Goudard, naît le 15 mai 1864 à Saint-Pierre de Trivisy.

Son père Pierre Farenc est cultivateur sur cet acte, et il était tisserand sur son acte de mariage en 1862. A son mariage il a 26 ans et sa femme, Marie Émilie Ricard en a 37 ans. Elle s’est donc mariée sur le tard et vient d’une famille avec une certaine aisance (des meuniers, des propriétaires).

Révision du 17 juillet 2017 :

Ce mariage doit sans doute être replacé dans le cadre d’une stratégie familiale. Elle est la quatrième enfant de sept et a deux sœurs et quatre frères. Quand elle se marie, le frère aîné, celui qui hérite traditionnellement est marié depuis quatorze ans (cultivateur lors de son mariage), sa mère vient de décéder (ce qui libère peut-être une dot pour elle), et le frère cadet, cultivateur lui aussi, va se marier en 1863. Deux frères et deux sœurs resteront célibataires (si je n’ai pas manqué un acte de mariage ou de décès). A priori aucun des fils mariés ne reprend le travail de meunier, mais c’est un métier qui est déclinant, les meuniers ne font plus partie des coqs de village. Le décès de la mère et le père vieillissant (76 ans) expliquent peut-être qu’une de ses filles cadettes ait pu se marier, la fille aînée et/ou un frère restant pour s’occuper de lui. Mais tout cela est hypothétique, c’est le schéma classique, mais nous sommes là dans un cas concret. Si on disposait des recensements sur le village, cela permettrait de conforter une hypothèse ou l’autre. et pour aller plus loin, il faut se plonger dans les actes notariés (contrats de mariage, testaments, donations, ventes, achats…). Pour une réflexion historique sur les structures familiales, vous pouvez lire : Le sol et le sang – la famille et la reproduction sociale en France du Moyen Âge au XIXe siècle de Jérôme Luther Viret (éditions CNRS, 2014).

Par contre du côté de Pierre Farenc c’est une autre paire de manche :

Son père Jean Farenc épouse sa mère Marguerite Cambon en 1834 à Lacaze. Il est né en 1810 et Marguerite en 1813, et sur l’acte de mariage il est tisserand. Deux ans plus tard naît leur premier enfant, le Pierre vu plus haut, et son père est alors scieur de long.

En 1838 nait Jean, son père est devenu cultivateur, et il est brassier quand Jean meurt un an plus tard.

En 1841 nait Jacques, son père est toujours brassier. Jacques décède en 1843.

Cette même année 1843 nait Marie Ulalie, son père est toujours brassier. Elle décède âgée de 2 ans et demi en 1846.

En 1845 entre temps est née Eulalie, son père est encore brassier et il l’est toujours quand elle décède 9 mois plus toujours en 1845.

Donc treize ans après son mariage, cinq enfants et un seul survivant.

En 1847 nait Marie, son père est encore brassier.

En 1850 nait Eulalie Philomène, son père est redevenu scieur de long.

Pour ces deux derniers enfants je n’ai retrouvé aucun autre acte… sauf que, en 1856 décède Jean Farenc à 46 ans, toujours scieur de long, et en 1858 décède Marie Eulalie Farenc âgée de 15 ans, cultivatrice, célibataire, fille de défunt Jean Farenc et de vivante Marguerite Cambon âgée de 50 ans cultivatrice…
Alors là mystère, car la Marie Eulalie née en 1843 est bien décédée en 1846, les actes sont clairs, ils donnent les parents, le lieu d’habitation, l’âge au décès…
Et la Marie de 1848 est trop jeune et ne se prénomme pas Eulalie.

Donc sur sept ou huit enfants, cinq décès et un seul dont on soit sûr qu’il ait survécu jusqu’à l’âge adulte. Pour en savoir plus il faudrait consulter les recensements, mais qui ne sont pas en ligne pour le Tarn.

Au moins quatre métiers : tisserand, cultivateur, brassier et scieur de long, et là le dicton 36 métiers, 36 misères est sans doute juste. Et pour les scieurs de long un autre dicton précise : les scieurs de long vont au ciel car ils ont vécu leur enfer sur terre. Sur ces derniers un très bon site : http://www.roelly.org/~fleur/auvergne/scieurs.htm

(scieurs de long au Japon, Hokusai, 36 vues du Mont Fuji)

Quant au brassier, c’est un ouvrier agricole employé à la journée (qui travaille de ses bras).

Là, plus que de stratégie familiale, c’est de survie au jour le jour qu’il s’agit.

Revenons au survivant Pierre Farenc et à son épouse Marie Émilie Ricard, ils ont un enfant Marie en 1864 et apparaissent à Bouzigues pour la première fois sur le recensement de 1881 (le précédent était en 1876). À ce moment Pierre est fossoyeur et ils hébergent un neveu de sept ans Edmond Carayol. Ils habitent au Chemin neuf.

L’année suivante leur fille Marie qui a 18 ans épouse Baptiste Faucillon qui en a 27 et dont les parents sont décédés. Ils auront six enfants dont trois atteindront l’âge adulte et se marieront.

Continuons les recensements, je mets entre parenthèse les données exactes, celles du recensement étant sujettes à caution quand il s’agit des âges et des prénoms.

Au recensement de 1886 nous avons rue de la Pompe : Pierre Farenc pêcheur 51 ans, Marie (sans Émilie) Ricard 62 ans sa femme, Marie Farenc 21 ans leur fille, Baptiste Faucillon pêcheur le gendre 30 ans (32 ans).

A celui de 1891 nous avons toujours rue de la Pompe : Pierre Farenc cultivateur 50 ans (55), Émilie (sans Marie cette fois) Ricard 65 ans sa femme, Marie Farenc 27 ans leur fille, Louise Faucillon 14 ans (5 ans !) sa petite fille, Émilie 1 mois son autre petite fille. Le gendre Baptiste n’est pas là.

Les parents Pierre Farenc et Marie Émilie Ricard sont décédés en 1895.

Pierre Farenc aura été successivement : tisserand, cultivateur, fossoyeur, pêcheur et pour finir cultivateur.

Si on regarde le recensement de 1896, nous avons rue de la Pompe : Baptiste Faucillon cultivateur 41 ans, Marie Farenc 33 ans, Louise Faucillon 10 ans, Henriette (Émilie-Jeanne) Faucillon 6 ans, Cécile 3 ans, Élise-Jeanne 4 mois.
Sa fille Émilie-Jeanne a déjà pris son prénom d’usage Henriette.

Élise-Jeanne décédera l’année suivante, Louise est ma grand-mère (décédée en 1922) et Henriette ma grande-tante qui élèvera ma mère ensuite. Je l’ai toujours connue avec ce prénom Henriette et je n’ai découvert son prénom officiel qu’en faisant des recherches généalogiques.

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