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Un livre fondamental et le plus objectif possible sur cinq années de violences extrêmes, dont nous ne connaissons souvent que des fragments et avec des éclairages partisans.

Deuxième partie : Vengeance

8 – La soif de sang

La vengeance et sa perception, un élément fondamental de cette période, mais peu analysé.

9 – La libération des camps

Les camps furent d’abord découverts par les Russes et il fallut des mois pour que les occidentaux en prennent la mesure. Mais cette découverte horrifia les armées alliées et elle justifia d’un coup toutes les décisions prises par les alliés, même les plus terribles.

Les prisonniers juifs se vengèrent ponctuellement mais vite ils tournèrent leurs efforts vers la création d’un nouveau foyer.

10 – La vengeance contenue : les travailleurs forcés

À l’époque les camps d’extermination n’étaient que le cas extrême parmi les centaines de camps qui existaient et la souffrance était partout.

Jusqu’à 20 % de la main-d’œuvre en Allemagne nazie était constituée de travailleurs étrangers. Tous les Allemands étaient au courant et avaient de plus en plus peur du sort que ces derniers allaient leur faire subir, une fois libérés.

À la libération, une espèce de sauvagerie saisit certains de ces PD qui rattrapaient le temps perdu dans une débauche de nourriture, de boisson et de sexe. Les troupes alliées n’arrivaient pas à faire face devant des bandes de pillards déchaînés. Au final, les alliés remirent ces PD dans des camps leur faisant subir un second traumatisme, d’ailleurs les PD étaient des boucs émissaires faciles. Seule l’aide au Réfugié de l’ONU (UNRRA) nouvellement créée fut à la hauteur de la situation morale, même si elle fut beaucoup critiquée. Au final, ce n’était pas les PD qui disposaient le plus de moyens de se venger mais les militaires.

11- Prisonniers de guerre allemands

Les soldats allemands ont fui vers l’Ouest pour échapper aux troupes soviétiques. Du coup les occidentaux furent débordés par le nombre de prisonniers et incapables d’arriver à les nourrir les premiers mois faute de moyens. Compte tenu du chaos, le nombre de morts parmi ces prisonniers serait entre dix et cinquantaine mille pour près de huit millions de prisonniers.

Côté russe pour trois millions de prisonniers on eut le tiers de morts (un million !)

il y avait des raisons objectives (famines plus grande,, infrastructure plus endommagée, météo plus rude) mais d’abord il y avait la haine, le choc en retour du traitement subi par les prisonniers russes et plus généralement par la population slave des pays occupés par les nazis, entretenue par la propagande.

12 – La vengeance sans retenue : l’Europe orientale

Dans l’Europe orientale, il existait de vastes populations d’expatriés germanophones établis de longue date.

En Tchécoslovaquie, entre 24 000 et 40 000 civils allemands furent abattus. Plus de cent mille furent fait prisonniers et utilisés comme main d’œuvre gratuite, exploitée, sous-alimentée et traitée comme les Juifs en Allemagne pendant la période nazie.

En Pologne, cela fut pareil, mais là il est difficile de savoir combien ont été emprisonnés ou sont morts. D’un côté les Polonais ne veulent endosser aucune culpabilité et de l’autre les Allemands veulent se dédouaner ainsi des atrocités commises pendant la guerre. Ce qu’on voit est qu’il y a des exemples d’actes de sadisme nombreux dans des camps, mais qu’il n’y eut aucune politique officielle d’extermination. Au contraire les autorités polonaises s’opposèrent à de tels actes. Mais le problème est qu’aucun responsable de ces actes n’a été jugé. Les autorités polonaises avaient d’autres soucis.

13 – L’ennemi de l’intérieur

Les collabos !

Il y eut une première vague de violence populaire pendant les quelques semaines ayant suivi la libération. Dans les pays où le gouvernement a épuré l’administration, où la justice officielle a fonctionné, l’épuration sauvage s’est vite arrêtée. La France et l’Italie sont deux exemples opposés. En Italie, les fascistes et leurs amis ont gardé une grande partie du pouvoir, de plus cela faisait plus de vingt ans qu’ils régnaient, donc face aux nombreux dénis de justice, une deuxième vague de violence a éclaté en 1945 (une partie de l’Italie était libérée depuis 1943).

Les purges en profondeur ont échoué pour pas mal de raisons. En particulier cela contredisait le mythe du peuple uni derrière ses résistants. Et pour reconstruire le pays ce mythe était utile. Même les Allemands s’abritèrent derrière le mythe d’avoir été aussi des victimes. Depuis les collabos (aidés par les partis de droite) ont même essayé d’attendrir sur leur sort et truqué les chiffres. Ils ont même tenté de réhabiliter de sinistres personnages sous prétexte qu’ils se seraient opposés au communisme.

14 – La vengeance contre les femmes et les enfants

Il s’agit de la vengeance contre les femmes accusées d’avoir couché avec les allemands et contre les enfants nés de ces relations.

Dans les pays vaincus par les allemands, l’occupation était vue comme une agression sexuelle. Par exemple, la France était une gueuse qui se donnait à l’Allemagne avec le gouvernement de Vichy comme maquereau. L’attitude virile de De Gaulle, même envers ses alliés, les succès militaires des troupes françaises et de la Résistance en 1944 remontèrent le moral des Français. La tonte des femmes ainsi accusées fut peut-être un exutoire à bon compte (?) qui évita des règlements de compte locaux plus sanglants. Elles furent des boucs émissaires.

Pour les enfants, le cas de la Norvège a été étudié en détail. Il semble que la moitié ait souffert d’un ostracisme parfois violent, et l’autre moitié non. Il y aurait eu entre un à deux millions de tels enfants sur toute l’Europe.

15 – Le but de la vengeance

L’imbroglio moral qu’engendra la guerre n’épargna personne : toutes les nationalités et tous les bords politiques ont été simultanément victimes et auteurs de ces crimes – à des degrés très divers, naturellement. Il ne faut jamais dissocier la vengeance de son contexte, mais ne pas la taire.

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