(Varsovie, 1945)

Publié en 2012, c’est un livre fondamental et le plus objectif possible sur cinq années de violences extrêmes, dont nous ne connaissons souvent que des fragments et avec des éclairages partisans.

Introduction

« Imaginez un monde sans institutions. Un monde où les frontières entre pays semblent s’être dissoutes, en ne laissant qu’un paysage unique, infini, où les individus déambulent à la recherche de communautés disparues. Il n’existe plus de gouvernements, ni à l’échelle nationale ni même à l’échelon local. Il n’y a plus d’écoles, plus d’universités, plus de bibliothèques et plus d’archives, plus d’accès à la moindre information. Il n’y a plus ni cinéma ni théâtre, et certainement pas de télévision. La radio fonctionne par intermittence, mais le signal est faible, et les émissions sont presque toujours en langue étrangère. Personne n’a plus vu un journal depuis des semaines. Il n’y a plus ni trains ni automobiles, ni téléphones ni télégrammes, plus de bureaux de poste, plus aucun mode de communication, excepté celui du bouche à oreille. »

« Il n’y a plus de banques, mais ce n’est pas une grosse perte, car l’argent a perdu toute signification. Il n’y a plus de magasins, parce qu’il n’y a plus rien à vendre. On ne fabrique plus rien : les grandes usines et les grandes entreprises qui existaient par le passé ont toutes été détruites ou démantelées, et la quasi-totalité des autres bâtiments ont subi le même sort. Il n’y a plus d’outils, hormis ceux que l’on exhume des ruines. Il n’y a plus rien à manger. »

« L’ordre public a quasiment cessé d’exister, parce qu’il n’y a plus ni forces de police ni système judiciaire. Dans certaines régions, on semble avoir perdu toute notion claire et distincte du bien et du mal. Les gens se servent, sans aucun respect de la propriété d’autrui – d’ailleurs, le sens de la propriété a lui-même quasiment disparu. Les biens appartiennent à ceux qui sont assez forts pour s’y accrocher et les préserver au péril de leur vie. Des hommes en armes écument les rues, s’accaparent ce qu’ils veulent, et menacent quiconque se met en travers de leur chemin. Des femmes de toutes classes sociales et de tous âges se prostituent pour se procurer nourriture et protection. Plus aucune pudeur, plus de moralité : il ne reste que la survie. »

« L’histoire de l’Europe de l’immédiat après-guerre n’est donc pas tant celle de la reconstruction et de la réhabilitation – c’est d’abord l’histoire d’un continent qui sombre dans l’anarchie. »

Première partie : l’héritage de la guerre

Première partie : l’héritage de la guerre

1- La destruction matérielle

En 1945, des dizaines de villes ont été détruites à plus de 90%, un millénaire de culture et d’architecture a été broyé. En Allemagne 18 à 20 millions d’habitants sont sans toit, 10 millions en Ukraine…

En Yougoslavie, 24% des vergers, 38% des vignobles, 60% du bétail son détruits. En URSS 32000 usines sont détruites, etc.

L’Armageddon, quelque chose de surnaturel pour les survivants, un désastre humain et moral.

2 – L’absence

Entre 35 et 40 millions de morts au total. Tout comme les villes et les métropoles avaient cédé la place à des champs de ruines, les familles et les communautés avaient cédé la place à des archipels de trous béants. Dans certaines communautés comme la communauté juive ne particulier, règne un silence effrayant : « j’étais le seul survivant des 54 membres de ma famille… ».

« En Ukraine, la petite Celina Lieberman, âgée de onze ans, s’efforça de préserver son identité juive alors qu’on l’avait confié de force à un couple de catholiques en 1942 ; persuadée d’être la dernière juive en vie, elle avait pris l’habitude de s’excuser touts les soirs auprès de Dieu d’avoir accompagné ses nouveaux parents à l’église. »

De rares exemples d’États agissant de manière honorable envers les Juifs : le Danemark, le peuple italien, la Bulgarie, seul pays d’Europe dont la population juive augmenta pendant la guerre.

On a éteint des milliers de villages comme des lampes.

La plus fréquente des absence est celle des hommes et ensuite celle des parents.

3 – Déplacement

Plus de 40 millions de personnes furent déplacées pendant la guerre. Et à l’approche de la fin de la guerre, ces personnes se déversèrent sur les routes. Cela tient du miracle que la plupart purent être rapatriés en six mois.

« La population de l’Europe n’était plus une constante fixe ; elle était désormais instable, volatile – transitoire. »

4 –Famine

Pendant la guerre, à l’Ouest elle fut une conséquence du pillage par les nazis, en Grèce de l’effondrement de l’État et du commerce, et à l’Est ce fut organisé par les nazis pour faire mourir Polonais, Ukrainiens, Biélorusses…

Après ce fut dû à la ruine des infrastructures de transport, à la disparition de tout ordre public (pillages, …) et cela dura jusqu’en 1946. Et cela entraina souvent la ruine de l’âme humaine.

5 – Destruction morale

Pour survivre, se prostituer était devenu la règle dans certaines régions. Le pillage et le vol, qui pouvaient d’abord être de faits de résistance étaient devenus la règle dans des région où la police n’existait plus ou était aux mains de nervis, où portes et fenêtres étaient fracassées, où beaucoup d’appartements et de maisons étaient vides. Voler était même devenu compulsif pour des gens soumis à tout, privés de tout. Le marché noir était indispensable, mais profondément injuste car seuls les plus filous y gagnaient.

La violence extrême, la vie avec des cadavres au milieu de ruines état devenu une habitude et pour certains tuer devint une addiction. Une vague de viol a accompagné l’avancée des armées, encore plus à l’Est. Et ces hommes en sont venus à considérer cela comme normal : « des milliers de criminels potentiels, et deux fois plus dangereux, car ils rentrent avec une réputation de héros. » (Lev Kopelev)

6 – Espoir

Ce fut l’espoir qui revitalisa le continent et lui permit de se redresser : On a le culte des héros, on célèbre la fraternité et l’unité, on espère la venue du socialisme, de changements sociaux profonds.

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